Cinéscriptographe du pont de l’Archevêché

Cinéscriptographe Pont de l’Archevêché

Aperçus cinéscriptographiques (phrases-sources)

Fragments écrits et transmis dans différents espaces publics radiophoniques entre août et septembre 2008 :

Mi-août 2008 — message adressé lors d’une émission matinale radiophonique

— « Bonjour,

La Déclaration des Droits de l’Homme…

Épandez la récréation de l’agapè, de l’amour bien tout-puissant, en tout être, ici, en France, entre l’Île-de-France et les régions.

En bras c’est l’autre, sait s’embrasser soi, qu’on ne s’auto-terrorise pas, en plein cœur, de danser ensemble !

Violez-vous en pouvoir, pouvez-vous en vouloir, pourriez-vous y penser, un si peu ?

Jamais vous n’offrirez une quelconque paix avec une arme, à l’attaque. Jamais vous n’accepteriez de voir votre sol foulé, le défendre. Pensez donc à notre remise en forme, plutôt que nous déformer sans cesse.

Bonne journée, et bon courage. »

12 septembre 2008 — message transmis lors d’une émission en soirée

— « Ils ont fait une bousillade de sangliers. Mais moi, j’en mangerai pas, ça sera trop raide. »
— « Ah oui, et j’ai vu un nin-nin belette cache-cou fuchsia accroché à une branche. »

Ces phrases sont écrites sans intention descriptive d’un événement précis.
Elles s’appuient sur des paroles adressées, des scènes observées, des signes rencontrés — tels qu’ils se présentent.

Évènement ultérieur (mémoire révélatrice)

Dans la soirée du 13 septembre 2008, un accident rarissime survient sous le pont de l’Archevêché, à Paris, à proximité immédiate de la cathédrale Notre-Dame.

Un bateau-mouche percute un bateau de plaisance.
Douze personnes se trouvent à bord de ce dernier.
Un enfant de six ans et son père restent coincés dans la coque et décèdent.

L’accident survient dans la soirée du 13 septembre 2008, au lendemain d’une journée marquée par la visite du pape Benoît XVI à Paris.
Après une cérémonie à la cathédrale Notre-Dame, le pape, accompagné du président de la République, a emprunté le pont de l’Archevêché pour se rendre au Collège des Bernardins, qu’il venait inaugurer.

Le lieu de l’accident correspond ainsi à un espace de passage effectif, traversé quelques heures plus tôt par les plus hautes autorités spirituelles et politiques.

Lecture cinéscriptographique (a posteriori)

Relus après l’accident, les aperçus apparaissent comme des fragments hétérogènes traversés par une même tension.

Le lieu de l’accident — un pont discret, situé à l’arrière de Notre-Dame — apparaît alors comme un espace de transit chargé, traversé quelques heures plus tôt par des figures du pouvoir spirituel et politique.
Le passage devient seuil : entre sol et eau, entre protection et exposition, entre cérémonie et accident.

Relus après les faits, les aperçus prennent place dans une géographie précise : celle d’un pont comme lieu de transition, de traversée et d’exposition.
Le passage, ici, n’est pas symbolique : il a eu lieu.
Ce qui s’y joue ensuite relève de l’accident, de la rupture, de l’irréversible.

Le premier texte convoque explicitement des notions de paix, de sol, de violence, d’arme, de responsabilité collective.
Il insiste sur ce qui ne doit pas être foulé, sur ce qui ne peut être défendu par l’attaque, et sur une confusion entre protection et destruction.

La phrase sur la bousillade de sangliers introduit une violence périphérique, non spectaculaire, mais massive, nocturne, collective — une violence dont on refuse ensuite la consommation, comme si quelque chose devenait soudain impropre, trop dur à absorber.

L’apparition du nin-nin belette fuchsia, objet incongru et réel, aperçu dans un espace naturel, agit comme un signe isolé, fragile, presque déplacé.
Il ne “symbolise” pas : il insiste.
Il attire l’attention par sa couleur, sa présence improbable, son accrochage — suspendu, visible seulement à condition de regarder.

Mis en relation avec l’accident, ces fragments dessinent une configuration où :

  • la violence circule sans être immédiatement visible,
  • le passage (pont, traversée, nuit) devient un lieu de bascule,
  • ce qui semble léger, anodin ou ludique peut se trouver brutalement pris dans une dynamique mortelle.

Le cinéscriptographe ne décrit pas l’accident.
Il en approche les conditions sensibles : brouillage, déplacement, signes faibles, violence latente.

Note

Ce cinéscriptographe n’a pas été écrit dans une intention de commentaire politique, religieux ou moral.
Il ne cherche ni à expliquer l’accident, ni à en établir une causalité.

Il observe comment des phrases écrites à partir de signes rencontrés — paroles, scènes, objets réels — peuvent, après coup, entrer en résonance avec un événement, et devenir lisibles autrement lorsque le réel se recompose.

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Cinescriptograph — Pont de l’Archevêché

Cinescriptographic glimpses (source phrases)

Fragments written and transmitted in different public radio spaces between August and September 2008:

Mid-August 2008 — message addressed during a morning radio programme

—“Hello,
The Declaration of the Rights of Man…
Spread the recreation of agape, of all-powerful love, within every being, here in France, between the Île-de-France and the regions.
In each other’s arms, one knows how to embrace oneself, so that we do not terrorize ourselves, at the very heart, but dance together!
Do you violate through power, do you wish to do so, could you even think about it, just a little?
You will never offer any kind of peace with a weapon, through attack. You would never accept seeing your own ground trampled in order to defend it. Think instead about restoring us, rather than endlessly deforming us.
Have a good day, and good courage.”

12 September 2008 — message transmitted during an evening programme

—“They carried out a slaughter of wild boars. But I won’t eat any of it — it would be too tough.”
—“Oh yes, and I saw a little fuchsia-coloured weasel scarf hanging from a branch.”

These phrases were written without the intention of describing a specific event.
They rely on addressed speech, observed scenes, encountered signs — as they present themselves.

Subsequent event (revealing memory)

On the evening of 13 September 2008, a very rare accident occurs beneath the Pont de l’Archevêché in Paris, in the immediate vicinity of Notre-Dame Cathedral.
A sightseeing boat collides with a pleasure craft.
Twelve people are on board the latter.
A six-year-old child and his forty-year-old father are trapped inside the hull and die.

The accident takes place the evening following a day marked by the visit of Pope Benedict XVI to Paris.
After a ceremony at Notre-Dame Cathedral, the Pope, accompanied by the President of the Republic, crossed the Pont de l’Archevêché to reach the Collège des Bernardins, which he had just inaugurated.
The site of the accident thus corresponds to an actual passageway, crossed only a few hours earlier by the highest spiritual and political authorities.

Cinescriptographic reading (a posteriori)

Reread after the accident, the glimpses appear as heterogeneous fragments traversed by a single tension.
The site of the accident — a discreet bridge located behind Notre-Dame — then emerges as a charged space of transit, crossed only hours earlier by figures of spiritual and political power.

The passage becomes a threshold: between ground and water, between protection and exposure, between ceremony and accident.

Reread after the fact, the glimpses take their place within a precise geography:
that of a bridge as a site of transition, crossing, and exposure.
The passage here is not symbolic: it took place.
What follows belongs to accident, rupture, and irreversibility.

The first text explicitly invokes notions of peace, ground, violence, weapons, and collective responsibility.
It insists on what must not be trampled, on what cannot be defended through attack, and on a confusion between protection and destruction.

The phrase about the slaughter of wild boars introduces a peripheral violence — unspectacular, yet massive, nocturnal, collective — a violence whose consumption is subsequently refused, as if something had suddenly become unfit, too hard to absorb.

The appearance of the fuchsia-coloured weasel scarf, an incongruous and real object glimpsed in a natural setting, acts as an isolated, fragile, almost displaced sign.
It does not “symbolize”: it insists.
It draws attention through its colour, its improbable presence, its suspension — visible only on condition of looking.

Placed in relation to the accident, these fragments outline a configuration in which:

  • violence circulates without immediately becoming visible,
  • passage (bridge, crossing, night) becomes a tipping point,
  • what seems light, trivial, or playful can suddenly be caught in a deadly dynamic.

The cinescriptograph does not describe the accident.
It approaches its sensitive conditions: blurring, displacement, weak signals, latent violence.

Note

This cinescriptograph was not written with the intention of political, religious, or moral commentary.
It neither seeks to explain the accident nor to establish causality.
It observes how phrases written from encountered signs — words, scenes, real objects — can, after the fact, enter into resonance with an event, and become legible differently as reality recomposes itself.

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