Cinéscriptographe de Taser

Cinéscriptographe Taser

Aperçus cinéscriptographiques (phrases-sources)

Printemps–automne 2008

Dialogue écrit lors d’un échange instantané en ligne :

— « Tu préfères que je te laisse ? »
— « Non, je ne suis pas un chien. »
— « Je ne comprends pas ce que tu dis ?? »

Un temps.
Elle raccrocha.

Fragments envoyés par voie électronique à l’émission Parking de Nuit, le 11 octobre 2008 :

Nous revenons des abîmes et tréfonds,
à mi-lune de là,
de la lave,
éruption.

Electricité, machineries,
machinations, manipulations
ne pourront, de la main des hommes,
l’en substituer, ni l’en subordonner,
à la vie telle qu’elle est.

Nous ne sommes qu’en suspension du garage.
Rien ne nous appartient.
Tout est dans tout.
Tout l’anime !

Évènement ultérieur (mémoire révélatrice)

Le 24 novembre 2008, la société Taser International, fabricante de pistolets à décharge électrique, est déboutée par la justice française à la suite de plaintes pour diffamation concernant l’usage de ces armes dites « non létales », mises en cause pour leurs effets physiologiques et leurs usages coercitifs.

Lecture cinéscriptographique (a posteriori)

Relus après coup, ces aperçus s’organisent autour d’un même régime de la décharge et de la coupure.

Le dialogue initial est bref, tendu, asymétrique, sans résolution. La parole n’y ouvre pas un échange : elle se heurte, puis se rompt. La coupure n’est pas discutée : elle est exécutée. Le raccrochage agit comme une impulsion nette, sans retour.

Les fragments poétiques qui suivent déplacent cette rupture vers un autre plan. Il n’est plus question de relation, mais de forces : électricité, machines, manipulations, suspension. Le vocabulaire bascule du vivant vers le technique. Ce qui reliait devient ce qui neutralise. La parole n’est plus circulation, mais une charge.

La phrase finale — nous ne sommes qu’en suspension — installe un état intermédiaire : ni chute, ni stabilité, ni mort, ni mouvement. Un corps, une relation, maintenus hors sol, immobilisés par un dispositif.

Ici, l’électricité n’est pas une métaphore. Elle est un mode d’arrêt : interrompre sans tuer, neutraliser sans dialogue, maintenir le vivant en état de contrainte.

La mémoire révélatrice vient donner à cette configuration une résonance précise. Le Taser, arme de décharge électrique, agit dans ce même régime : coupure brutale, neutralisation momentanée, contrôle sans dialogue.

Ce cinéscriptographe ne raconte pas une affaire singulière. Il enregistre une forme contemporaine de la coupure : celle qui passe par la machine, l’électricité, par la suspension du corps ou de la voix.

Note

Ce cinéscriptographe n’établit aucune causalité entre les phrases envoyées et la décision judiciaire du 24 novembre 2008.
Il observe comment une scène minimale de rupture, des fragments d’écriture sous tension et un événement public peuvent, après coup, entrer en résonance autour d’un même principe : la décharge comme mode de relation et de neutralisation.

Il ne propose ni témoignage intime, ni accusation, ni lecture juridique.
Il enregistre une configuration sensible où la coupure — affective, technique, politique — devient une forme agissante du réel.

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Cinescriptograph — Taser

Cinescriptographic glimpses (source phrases)

Spring–Autumn 2008

Written dialogue during an online instant exchange:

— “Do you want me to leave you?”
— “No, I’m not a dog.”
— “I don’t understand what you’re saying??”
A pause.
She hung up.

Fragments sent electronically to the program Parking de Nuit, October 11, 2008:

We return from the abyss and the depths,
half a moon away,
from lava,
eruption.

Electricity, machinery,
machinations, manipulations
will not be able, by the hand of men,
to substitute it, nor to subordinate it,
to life as it is.

We are only in suspension from the garage.
Nothing belongs to us.
Everything is in everything.
Everything animates it.

Subsequent event (revealing memory)

On November 24, 2008, the company Taser International, manufacturer of electrical discharge weapons, is dismissed by the French courts following defamation complaints concerning the use of these so-called “non-lethal” weapons, questioned for their physiological effects and coercive uses.

Cinescriptographic reading (a posteriori)

Read after the fact, these glimpses organize themselves around a shared regime of discharge and cut.

The initial dialogue is brief, tense, asymmetrical, without resolution. Speech does not open an exchange: it collides, then breaks. The cut is not negotiated; it is executed. The hanging up acts as a sharp impulse, with no return.

The poetic fragments that follow shift this rupture onto another plane. It is no longer a matter of relationship, but of forces: electricity, machinery, manipulation, suspension. The vocabulary moves from the living to the technical. What once connected becomes what neutralizes. Speech is no longer circulation, but a charge.

The final sentence — we are only in suspension — establishes an intermediate state: neither fall nor stability, neither death nor movement. A body, a relation, held above ground, immobilized by a device.

Here, electricity is not a metaphor. It is a mode of stoppage: to interrupt without killing, to neutralize without dialogue, to keep the living under constraint.

The revealing memory gives this configuration a precise resonance. The Taser, an electrical discharge weapon, operates within this same regime: abrupt cut, momentary neutralization, control without speech.

This cinescriptograph does not recount a singular affair.
It records a contemporary form of the cut: one that passes through the machine, through electricity, through the suspension of the body or the voice.

Note

This cinescriptograph establishes no causal link between the phrases sent and the judicial decision of November 24, 2008.
It observes how a minimal scene of rupture, fragments of writing under tension, and a public event can, after the fact, enter into resonance around a single principle: discharge as a mode of relation and neutralization.
It proposes neither intimate testimony, nor accusation, nor legal interpretation.
It records a sensitive configuration in which rupture — affective, technical, political — becomes an active form of the real.

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