Cinéscriptographe des Légionnaires

Cinéscriptographe — Légionnaires

Début d’été 2008 – fin septembre 2009

Aperçus cinéscriptographiques (phrases sources)

— « Je suis parfois désarmé dans mes fils de larmes. Je trinque à la vôtre… (à la Fischer !) »

Mis en œuvre par envoi électronique lors de l’émission Champagne !, consacrée à Jacques Higelin, sur France Inter, début été 2008.

— « J’sais pas chanter…, mon légionnaire !… et sur son front… de la lumière… »

Mis en œuvre à voix haute, en début d’après-midi du vendredi 25 septembre 2009, reprise d’une chanson d’Édith Piaf.

— « Là, le grand peuplier a été foudroyé. Le noyer, à côté, on l’a abattu sans savoir pourquoi. Je l’aimais bien, le noyer. Tiens, il y a un lapin. Il va peut-être finir par me voir ? Le lapin détale brusquement, plonge dans le fossé et heurte la clôture. Peut-être est-il aveugle ? »

Mis en œuvre à voix haute, en fin d’après-midi du 25 septembre 2009, sur un lieu de l’enfance, dans une rue décrivant une forme en S.

Évènement ultérieur (Mémoire révélatrice)

Quatre soldats français sont tués en Afghanistan dans la nuit du 26 au 27 septembre 2009 :
— l’un est foudroyé,
— un autre se noie,
— un troisième meurt en tentant de porter secours,
— un dernier est retrouvé dans le fossé au volant de son véhicule.

Le bilan porte alors à 35 le nombre de soldats français morts en Afghanistan depuis 2001.

Sur une carte de l’Afghanistan, les lieux de ces décès dessinent une forme en Z, en symétrie verticale avec la rue en S parcourue lors des aperçus.

Lecture cinéscriptographique (a posteriori)

Ce cinéscriptographe articule des énoncés apparemment hétérogènes — une adresse radiophonique, une reprise chantée, une déambulation verbale dans un paysage familier — autour d’un même champ de perception : celui de corps exposés, atteints, ou brusquement mis en mouvement.

Les aperçus ne nomment aucun événement.
Ils décrivent des états :
— être « désarmé »,
— un front traversé par la lumière,
— un arbre foudroyé,
— un autre abattu sans raison apparente,
— un animal qui fuit, chute et heurte un obstacle,
— la possibilité de l’aveuglement.

Ces éléments s’organisent sans intention narrative.
Ils se présentent comme une suite de constats, formulés à voix haute, dans des contextes distincts, mais reliés par une même tonalité de vulnérabilité et de rupture.

L’événement ultérieur n’est pas annoncé.
Il vient réactiver les aperçus a posteriori : les modalités de mort des quatre soldats (foudroyé, noyé, tombé dans un fossé) font écho, point par point, aux formes déjà présentes dans le paysage décrit.

La correspondance ne se situe ni dans le symbole ni dans la causalité, mais dans la structure des atteintes et leur mise en forme.

Cette mise en forme se prolonge spatialement : la rue en S parcourue lors des aperçus trouve une résonance cartographique dans la disposition en Z des lieux des décès, en symétrie verticale.
La cohérence du cinéscriptographe se construit ainsi par superposition de formes — verbales, corporelles, géographiques — rendues lisibles seulement après coup.

Note

Ce cinéscriptographe ne prétend ni expliquer ni prévoir un événement.
Il ne repose sur aucune intention prophétique ou démonstrative.

Il procède d’un principe de constat différé : des paroles, gestes ou descriptions formulés avant un événement acquièrent une lisibilité nouvelle lorsqu’ils entrent en résonance formelle avec des faits ultérieurs.

Les liens établis ne relèvent ni de l’analogie symbolique ni de l’interprétation psychologique.
Ils se situent dans la répétition de configurations : types d’atteinte, modalités de chute, tracés spatiaux.

Les éléments contextuels, explicatifs ou personnels ont été volontairement limités, afin de préserver une lecture ouverte, dans laquelle le lecteur demeure libre de reconnaître — ou non — la correspondance.

Le cinéscriptographe n’impose aucun sens.
Il laisse apparaître une forme.

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Cinescriptograph — Legionnaires

Early summer 2008 – late September 2009

Cinescriptographic glimpses (source phrases)

— “I am sometimes disarmed in my threads of tears. I drink to yours… (à la Fischer!)”

Implemented via electronic message during the radio program Champagne!, dedicated to Jacques Higelin, on France Inter, early summer 2008.

— “I don’t know how to sing…, my legionnaire!… and on his forehead… light…”

Uttered aloud in the early afternoon of Friday, September 25, 2009; reprise of a song by Édith Piaf.

— “There, the tall poplar was struck by lightning. The walnut tree next to it was cut down, for no one knows why. I liked that walnut tree. Look, there’s a rabbit. Maybe it’ll finally see me? The rabbit suddenly bolts, dives into the ditch, and hits the fence. Maybe it’s blind?”

Uttered aloud in the late afternoon of September 25, 2009, at a childhood location, along a street describing an S-shape.

Subsequent event (Revelatory memory)

Four French soldiers are killed in Afghanistan during the night of September 26–27, 2009:
— one is struck by lightning,
— another drowns,
— a third dies while attempting to rescue him,
— a fourth is found in a ditch at the wheel of his vehicle.

This brings the total number of French soldiers killed in Afghanistan since 2001 to 35.
On a map of Afghanistan, the locations of these deaths form a Z-shape,
in vertical symmetry with the S-shaped street traversed during the earlier glimpses.

Cinescriptographic reading (a posteriori)

This cinescriptograph brings together apparently heterogeneous utterances—a radio address, a sung reprise, a spoken walk through a familiar landscape—around a shared perceptual field: that of bodies exposed, struck, or suddenly set into motion.

The glimpses do not name any event.
They describe states:
— being “disarmed,”
— a forehead crossed by light,
— a tree struck by lightning,
— another cut down for no apparent reason,
— an animal that flees, falls, and collides with an obstacle,
— the possibility of blindness.

These elements are organized without narrative intent.
They appear as a sequence of observations, spoken aloud, in distinct contexts, yet linked by the same tonal register of vulnerability and rupture.

The subsequent event is not announced.
It reactivates the earlier glimpses a posteriori: the modalities of death of the four soldiers (struck by lightning, drowned, fallen into a ditch) echo, point by point, the forms already present in the described landscape.

The correspondence lies neither in symbolism nor in causality, but in the structure of impacts and their formal configuration.

This configuration extends spatially: the S-shaped street traversed during the glimpses finds a cartographic resonance in the Z-shaped arrangement of the death sites, in vertical symmetry.
The coherence of the cinescriptograph is thus constructed through the superimposition of forms—verbal, bodily, geographical—made legible only after the fact.

Note

This cinescriptograph does not aim to explain or to predict an event.
It is based on no prophetic or demonstrative intention.

It proceeds from a principle of deferred observation: words, gestures, or descriptions formulated prior to an event acquire a new legibility when they enter into formal resonance with later facts.

The connections established do not belong to symbolic analogy or psychological interpretation.
They reside in the repetition of configurations: types of impact, modes of fall, spatial tracings.

Contextual, explanatory, or personal elements have been deliberately limited,
in order to preserve an open reading, in which the reader remains free to recognize—or not—the correspondence.

The cinescriptograph imposes no meaning.
It allows a form to appear.

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