Cinéscriptographe — Séisme de l’Aquila
(et du décès de Maurice Jarre)
Aperçus cinéscriptographiques (phrases-sources)
— « Un cheval dans une soucoupe volante. »
Envoi électronique adressé à l’émission Sous les étoiles exactement, premier semestre 2008.
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— Calligramme d’escargot :
[ http://www.@8mmm/~°"°) hww@8nnn/~°’°) h@8/~°°) ]
Envoi électronique adressé à l’émission Ascenseur pour le Jazz, été 2008, août.
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— Fragment poétique narratif :
— « Quand s’en vint à l’heure du Clacbitou sur les routes de la laine près des longs champs, du banquet nous perçûmes une jeune femme en ballerine jaune, perdue, pivotant sur son propre axe au carrefour, inquiète : « God ?… Gooood ??.. Godasses ? »
S’en revenu un labrador blanc suivi de deux licornes : écuyère toque en place.
De sa yourte au boulot l’effilant dare-dare, de sa yourte au café avec arôme. »
Envoi électronique adressé à l’émission Parking de Nuit, début du second semestre 2008, août–septembre.
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pré-amplification spatiale :
— Rencontre à Paris, place d’Italie, en septembre 2008 :
Au cours de l’échange, un cercle divisé en sept parts est évoqué, puis laissé en suspens.
Un sac est confié pour surveillance, et l’absence se prolonge.
Dans l’attente, face à l’inconnu, un geste s’impose : la désignation du centre de la place comme point de repli possible en cas d’explosion.
Le centre comme lieu de protection.
L’Italie comme repère.
Un espace circulaire, découpé, sous tension, mais organisé autour d’un point central.
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— Note déposée à l’accueil de France Inter :
— « Vous avez une toile d’araignée à l’accueil. Tangentes Delta. Je passais dans les parages, avec mon bonnet. C’était Célestin à l’accueil. »
Texte manuscrit sur papier plié en quatre, laissé à l’accueil, décembre 2008.
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— Phrase téléphonique :
— « On pourrait travailler main dans la main si vous le permet___tiez. »
Appel téléphonique à l’émission Parking de Nuit, début janvier 2009.
— Fragment scientifique cité :
Au sujet de la permittivité du vide, description d’un dispositif élémentaire d’accumulation et de décharge : un condensateur primitif — une bouteille de verre, de l’eau puis du clinquant, une tige métallique, un contact, une décharge.
L’expérience de l’abbé Nollet est évoquée : à Versailles, trois cents gardes du roi, disposés en chaîne, reçoivent simultanément la commotion. Un choc collectif, instantané, transmis de main en main.
Texte cité et lu dans un contexte d’échange, début 2009.
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— Message textuel :
— « Belle blonde casquée. »
Message envoyé via module de communication instantanée, 28 mars 2009, vers 21h–21h30.
— Image associée :
Le Petit Cheval Bleu — Franz Marc
Image utilisée comme vignette associée au message précédent, 28 mars 2009.
Intensifications :
— La rédaction radiophonique de France Inter annonce à 22h le 28 mars 2009 la mort de Maurice Jarre à Los Angeles.
L’annonce est faite par sa musique : celle de Lawrence d’Arabie.
— Le vendredi soir 3 avril 2009, dans l’émission Parking de Nuit, une séquence radiophonique est consacrée au fromage de chèvre Saint-Marcellin. La thématique du réveil et de l’heure, pour ne pas être en retard, y est explicitement formulée à l’antenne :
— « Quand vous allez vous réveiller lundi, il sera 7 heures. »
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— Message textuel échangé via un module de communication instantanée le 5 avril 2009 dans l’après-midi :
— « T’as pas du café ?
(sans réponse)
Bon, je vais tracer du bitume. »
Évènement ultérieur (Mémoire révélatrice)
Le 6 avril 2009, jour de la Saint-Marcellin et de la Saint-Célestin, 96ème jour de l’année, vers 4 heures du matin, un séisme de magnitude 6,3 frappe L’Aquila, au centre de l’Italie, à environ 120 kilomètres de Rome.
La ville se déplace de 15 centimètres en 22 secondes.
Le bilan initial fait état de 300 morts, mais une personne sera retrouvée vivante sous les décombres.
L’Aquila, au climat froid et sec, tient son nom du latin aquila (l’aigle) et aqua (l’eau).
La ville est connue pour le regroupement symbolique de 99 provinces, représentées par la Fontaine des 99 (Fontana delle Cannelle).
Pietro di Morrone, devenu le pape Célestin V, y fut intronisé le 29 août 1294, à la basilique de Santa Maria di Collemaggio, partiellement détruite lors du séisme.
Source documentaire
La description de la bouteille de Leyde et de l’expérience de l’abbé Nollet est issue d’une exposition pédagogique (lycée Victor-Hugo de Poitiers), reprise ultérieurement dans des publications académiques, notamment :
HAL-SHS, Histoire et usages de la bouteille de Leyde, halshs-03051485v1 (https://shs.hal.science/halshs-03051485v1/document)
Lecture cinéscriptographique (a posteriori)
Relus après coup, ces aperçus dessinent une cinéscriptographie du déplacement lent, du choc différé et du centre invisible.
Tout commence par des figures de mouvement impossible ou paradoxal : un cheval dans une soucoupe volante, un escargot calligraphié, contracté, étiré, spiralé. Le mouvement est là, mais à une vitesse inhumaine : trop lent pour être perçu comme action, trop continu pour être arrêté.
Le fragment poétique installe un monde désaxé : une femme pivotant sur son propre axe, un carrefour, un appel confus à Dieu, à la chaussure, au sol. Les repères vacillent : le divin, le langage, l’orientation. Le labrador blanc — figure du guidage — apparaît, suivi de licornes : chevaux impossibles, symboles de passage et de seuil. Le déplacement se fait entre abri (yourte), travail et café : de l’eau, de l’arôme, du quotidien.
La pré-amplification spatiale condense soudain cette errance en géométrie pure. À la place d’Italie, un cercle découpé en sept parts est posé. Un sac est confié. L’absence dure. Face à la menace indéterminée, un geste précis surgit : désigner le centre. Non pas la fuite, mais le point médian. Le centre comme lieu de résistance à l’effondrement. L’Italie n’est plus un pays, mais un schéma spatial.
Les signes se multiplient ensuite sans se répondre encore : toile d’araignée (réseau), papier plié en quatre — non comme figure du rire, mais comme surface quadrillée du temps, Célestin (nom propre, seuil historique), une phrase suspendue — permet___tiez — où le vide devient actif.
Le fragment scientifique introduit alors une loi du monde : l’énergie se stocke, le vide permet la propagation, le choc circule instantanément. Trois cents corps reçoivent la décharge. Un seul mouvement. Une transmission sans parole.
À la fin mars, les figures convergent : le cheval devient bleu, le casque ailé apparaît, l’aigle affleure.
La mort de Maurice Jarre est annoncée par la musique, non par les mots. Le son précède l’information.
Enfin, l’heure. Non comme injonction à se lever, mais comme inscription différée. Une heure dite à l’antenne, pendant qu’une autre est déjà pliée ailleurs.
Le café — déjà présent dans les aperçus — revient comme bord : eau, arôme, bout de chaîne. Et le bitume, non comme trajectoire, mais comme surface appelée à se fendre.
Le 6 avril 2009, la Terre fait exactement ce que les aperçus annonçaient sans le savoir : elle se déplace lentement, 15 centimètres en 22 secondes, comme un escargot. Un centre cède. Trois cents morts — moins un. Un choc collectif, réel, non métaphorique.
Ce cinéscriptographe ne prédit rien. Il montre comment des formes faibles, des images modestes, des gestes quotidiens, peuvent entrer en résonance avec un événement massif, lorsque le monde lui-même se met à bouger.
Note
Ce cinéscriptographe ne se réjouit ni de la mort de Maurice Jarre ni du séisme de l’Aquila.
Il ne tire aucune jouissance de la catastrophe, ni de la disparition d’un homme ou d’une ville.
La mort de Maurice Jarre apparaît ici comme une intensification sonore et symbolique, non comme un accomplissement.
Le séisme de l’Aquila constitue la seule mémoire révélatrice : un fait brut, tragique, irréductible.
Le travail cinéscriptographique ne cherche ni à expliquer les événements, ni à les surplomber.
Il observe comment, après coup, des fragments hétérogènes — images, mots, gestes, savoirs scientifiques — peuvent entrer en résonance formelle, sans causalité ni intention.
Il s’agit d’un travail d’aperception : regarder comment le monde, parfois, se met à répondre — non pas à ce que l’on croit dire, mais à ce qui était déjà en train de se déplacer.
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Cinescriptograph — L’Aquila Earthquake
(and of the death of Maurice Jarre)
Cinescriptographic Glimpses (source phrases)
(first half of 2008 – March 2009)
— “A horse in a flying saucer.”
Electronic message sent to the radio program Sous les étoiles exactement, first half of 2008.
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— Snail calligram :
[ http://www.@8mmm/~°"°) hww@8nnn/~°’°) h@8/~°°) ]
Electronic message sent to the radio program Ascenseur pour le Jazz, summer 2008, August.
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— Narrative poetic fragment :
— “When it came at the hour of Clacbitou along the wool roads near the long fields, from the banquet we perceived a young woman in yellow ballet flats, lost, pivoting on her own axis at the crossroads, anxious: “God?… Gooood??.. Shoes?” A white Labrador returned, followed by two unicorns: rider, cap firmly in place. From her yurt to work, rushing headlong, from her yurt to the café, with aroma.”
Electronic message sent to the radio program Parking de Nuit, early second half of 2008, August–September.
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Spatial Pre-Amplification :
— Meeting in Paris, Place d’Italie, September 2008 :
During the exchange, a circle divided into seven parts is mentioned, then left unresolved.
A bag is entrusted for safekeeping, and the absence stretches on.
In waiting, faced with the unknown, a gesture becomes necessary: the designation of the center of the square as a possible fallback point in case of explosion.
The center as a place of protection. Italy as a reference point. A circular space, segmented, under tension, yet organized around a central point.
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— Note left at the reception desk of France Inter :
— “There is a spider’s web at the reception desk. Delta tangents. I was passing through the area, wearing my cap. It was Célestin at the desk.”
Handwritten text on paper folded in four, left at the reception desk, December 2008.
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— Telephone phrase :
— “We could work hand in hand, if you would allow___it.”
Phone call to the radio program Parking de Nuit, early January 2009.
— Scientific fragment quoted :
On the permittivity of the vacuum, description of an elementary device of accumulation and discharge: a primitive capacitor — a glass bottle, water then foil, a metal rod, a contact, a discharge.
The experiment of Abbé Nollet is evoked: at Versailles, three hundred guards of the king, arranged in a chain, receive the shock simultaneously. A collective, instantaneous impact, transmitted from hand to hand.
Fragment quoted and read in the context of an exchange, early 2009.
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— Text message :
— “Beautiful blonde in a helmet.”
Message sent via instant messaging module, March 28, 2009, around 9–9:30 p.m..
— Associated image :
The Little Blue Horse — Franz Marc
Image used as a thumbnail associated with the previous message, March 28, 2009.
Intensifications :
— The radio newsroom on France Inter announces at 10 p.m. on March 28, 2009 the death of Maurice Jarre in Los Angeles.
The announcement is made through his music: Lawrence of Arabia.
— On Friday evening, April 3, 2009, in the radio program Parking de Nuit, a radio segment is devoted to the goat cheese Saint-Marcellin.
The theme of waking up and of time, of not being late, is explicitly formulated on air:
— “When you wake up on Monday, it will be 7 o’clock.”
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— Text message exchanged via instant messaging on April 5, 2009, in the afternoon:
— “Don’t you have any coffee?
(no response)
Fine, I’m going to trace the asphalt.”
Subsequent Event (Revelatory Memory)
On April 6, 2009, the day of Saint-Marcellin and Saint-Célestin, 96th day of the year, around 4 a.m., a magnitude 6.3 earthquake strikes L’Aquila, in central Italy, approximately 120 kilometers from Rome.
The city shifts by 15 centimeters in 22 seconds.
The initial toll reports 300 deaths, but one person is found alive beneath the rubble.
L’Aquila, with its cold and dry climate, takes its name from the Latin aquila (eagle) and aqua (water). The city is known for the symbolic grouping of 99 districts, represented by the Fountain of the 99 (Fontana delle Cannelle). Pietro di Morrone, who became Pope Celestine V, was enthroned there on August 29, 1294, at the Basilica of Santa Maria di Collemaggio, partially destroyed during the earthquake.
Documentary source
The description of the Leyden jar and of Abbé Nollet’s experiment comes from an educational exhibition (Lycée Victor-Hugo, Poitiers), later taken up in academic publications, notably: HAL-SHS, History and Uses of the Leyden Jar, halshs-03051485v1
(https://shs.hal.science/halshs-03051485v1/document)
Cinescriptographic Reading (a posteriori)
Read after the fact, these glimpses outline a cinescriptography of slow displacement, delayed shock, and invisible center.
It begins with figures of impossible or paradoxical movement: a horse in a flying saucer, a calligraphed snail, contracted, stretched, spiraled.
Movement is present, but at an inhuman speed: too slow to be perceived as action, too continuous to be stopped.
The poetic fragment installs a disoriented world: a woman pivoting on her own axis, a crossroads,
a confused appeal to God, to footwear, to the ground. Landmarks waver: the divine, language, orientation. The white Labrador — a figure of guidance — appears, followed by unicorns: impossible horses, symbols of passage and threshold. Movement unfolds between shelter (the yurt), work, and café: water, aroma, the everyday.
Spatial pre-amplification suddenly condenses this wandering into pure geometry. At Place d’Italie, a circle divided into seven parts is set. A bag is entrusted. The absence lasts. Faced with an indeterminate threat, a precise gesture emerges: to designate the center. Not flight, but the median point. The center as a place of resistance to collapse. Italy is no longer a country, but a spatial diagram.
Signs then multiply without yet answering one another: a spider’s web (network), paper folded in four — not as a figure of laughter, but as a surface gridded by time, Célestin (proper name, historical threshold), a suspended phrase — permit___t — where the void becomes active.
The scientific fragment then introduces a law of the world: energy is stored, the vacuum enables propagation, the shock circulates instantaneously. Three hundred bodies receive the discharge. One single movement. A transmission without words.
At the end of March, the figures converge: the horse turns blue, the winged helmet appears,
the eagle surfaces.
The death of Maurice Jarre is announced through music, not through words. Sound precedes information.
Finally, the hour. Not as an injunction to wake, but as a deferred inscription. An hour spoken on air, while another has already been folded elsewhere.
Coffee — already present in the earlier glimpses — returns as an edge: water, aroma, end of the chain. And asphalt, not as trajectory, but as a surface called to crack.
On April 6, 2009, the Earth does exactly what the glimpses had announced without knowing it: it moves slowly, 15 centimeters in 22 seconds, like a snail. A center gives way. Three hundred dead — minus one. A collective shock, real, non-metaphorical.
This cinescriptograph predicts nothing. It shows how weak forms, modest images, everyday gestures can enter into resonance with a massive event, when the world itself begins to move.
Note
This cinescriptograph takes no pleasure in either the death of Maurice Jarre or the earthquake of L’Aquila.
It draws no enjoyment from catastrophe, nor from the disappearance of a man or a city.
The death of Maurice Jarre appears here as a sonic and symbolic intensification, not as an accomplishment.
The L’Aquila earthquake constitutes the sole revelatory memory: a raw, tragic, irreducible fact.
Cinescriptographic work seeks neither to explain events nor to dominate them.
It observes how, after the fact, heterogeneous fragments — images, words, gestures, scientific knowledge — can enter into formal resonance, without causality or intention.
It is a work of aperception: to watch how the world, sometimes, begins to respond — not to what one believes one is saying, but to what was already in the process of moving.