Cinéscriptographe de la tempête Klaus (2009)

Cinéscriptographe Tempête Klaus (2009)

Aperçus cinéscriptographiques (phrases-sources)

Premier semestre 2008 – janvier 2009

— « Ils n’ont qu’à appuyer sur le bouton et que ça leur pète à la gueule ! »

Message envoyé par voie électronique à France Inter, premier semestre 2008.

— « Si le vin tourne au vinaigre, retour lent, vibrant, en bobine.»

Fragment envoyé dans les commentaires à l’émission Allô la planète, le 15 août 2008.

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— « Je vous souhaite une bonne année 2009. »

Appel téléphonique à l’émission Parking de Nuit, le 2 janvier 2009.

— Objet offert à France Inter, le 2 janvier 2009 : un petit lutin-clown en bois, monté sur un mécanisme à bouton poussoir. Une pression suffit à faire chuter son corps ; lorsqu’elle cesse, il se redresse. Le mot « LUTIN » est inscrit au stylo bleu sur le bouton.

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Amplifications :

Remarque à l’antenne, dans l’émission Les p’tits bateaux, le dimanche 4 janvier 2009 :

— « Je n’ai pas vraiment entendu de la joie dans la bonne année ? »

— Circulation puis accentuation d’une même formule à l’antenne, le samedi 10 janvier 2009 : « j’appuie sur le bouton », dans l’émission Le Zap du zapping.
La formule, déjà présente auparavant, est reprise de façon appuyée le samedi suivant la réception de l’objet.

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— Extrait d’un poème envoyé par voie électronique le 17 janvier 2009 à 5 h 07, à Parking de nuit, à l’heure de l’émission Pas Debout, Déjà Couché :

       Hypotypose réfléchissante :

Leitmotiv en des graphes éclosent,
Par l'éventail en lamelle émulsionnée,
Du récif ondulé frayant en glissé,
D'où silencieuses nacres, les colliers se diaposent ;

Tour à tours, par des crans, entraînée,
En dépôt l'image éphémère,
S'abîme en déroulant d'une fougère,

Contre les galets en courants dérivés,
Des drôles de réseaux lenticulaires,
Que les toiles, climats, grillées,
Dévoilent, du poêle aux paupières ;

Le ruban sur les plateaux,
Que servent les fruits, Ô !
Les mots déposés
A traits reposer.
Salut les Grands,
Smatchs !

le petit sylvain

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— « Je ne vais pas m’arracher les cheveux. »

Message envoyé par voie électronique dans les commentaires d’une émission radiophonique (Allô la planète) le 19 janvier 2009.

— « Je suis sur un strapontin. »

Message envoyé par voie électronique dans les commentaires d’une émission radiophonique (Sur la Route)le 20 janvier 2009.

Évènement ultérieur (Mémoire révélatrice)

Du 24 au 26 janvier 2009, la tempête Klaus frappe le sud-ouest de la France.
Des vents atteignant 150 à 170 km/h arrachent et couchent des milliers d’arbres.
Onze personnes, dont quatre enfants, trouvent la mort.
Selon Météo France, cette tempête est d’une intensité comparable à celle de décembre 1999.

Lecture cinéscriptographique (a posteriori)

Relus après coup, ces aperçus s’organisent autour d’un même régime du déclenchement, de la chute et du redressement.

Tout commence par une phrase de colère : « appuyer sur le bouton ».
La formule est brutale, excessive, presque insoutenable. Elle n’est pas ironique. Elle exprime une tension accumulée, un désir de décharge sans cible précise, sans scénario. Le bouton apparaît déjà comme une figure abstraite du pouvoir : un geste minuscule aux effets irréversibles.

Cette figure revient sous une forme concrète avec l’objet offert : un lutin de bois, monté sur culbute.
Un simple appui suffit à le faire tomber. La pression cesse : il se redresse. Le geste est enfantin, répétitif, presque ludique — mais la chute est réelle. Le mot « LUTIN », inscrit sur le bouton, lie l’objet à une identité sylvestre : le petit, le forestier, le fragile dressé sur une boule instable. Le lutin ne résiste pas. Il encaisse. Il tombe et se relève — tant que la pression cesse. Le mot « LUTIN », inscrit volontairement au stylo sur le bouton, nomme l’objet sans en mesurer encore la portée. Ce n’est qu’après coup que cette nomination prend relief, en résonance avec le régime sylvestre et la chute.

Dans le même temps, à l’antenne, une même formule circule : « j’appuie sur le bouton ». Elle n’est pas nouvelle, mais elle s’accentue, se répète, s’appuie. Le geste verbal insiste. Il devient motif. Il ne déclenche rien, mais il prépare un régime d’écoute où l’appui, la pression et l’instant critique prennent une place centrale.

Le poème envoyé quelques jours plus tard déplace la tension sur un plan graphique et cinématographique. Des graphes éclosent : lignes, rubans, surfaces en déroulement. Le paysage est un paysage de bord : récif, galets, courants dérivés, dune, fougère. Rien n’est stable ; tout glisse, frotte, dérive, se déroule.

Les images relèvent autant du rivage que de la projection : pellicule, lamelles, toiles, lumière qui rebondit « du poêle aux paupières ». Le cinéma apparaît comme une zone intermédiaire,
un seuil entre matière et image, entre choc et apparition.

Le bois n’apparaît pas encore comme forêt, mais comme matière en attente : poêle, fruits hauts, traits reposés. Une matière différée, prête à tomber, à se coucher, puis à être brûlée. Ce qui est encore surface et image deviendra masse, chute, encombrement.

« Salut les Grands, Smatchs ! » La salutation n’est pas joyeuse. Elle marque l’écart d’échelle : le petit face aux masses, le lutin face aux arbres, l’humain face à la forêt. Le mot « smatchs » écrase, plaque, abat.

Les derniers fragments déplacent encore la scène. Ne pas s’arracher les cheveux : tenir.
Être sur un strapontin : siège provisoire, rabattable, qui peut se refermer à tout instant.
À l’envers, le strapontin devient trappe. La position est suspendue, instable, prête à céder.

Lorsque la tempête Klaus survient, elle ne réalise aucun de ces signes.
Elle les traverse. Des vents extrêmes couchent des milliers d’arbres. La forêt tombe. Des vies sont perdues. Ce qui, jusque-là, relevait du geste miniature — appuyer, chuter, se redresser — change brutalement d’échelle. Le bouton n’est plus accessible. La chute ne se redresse pas.

Ce cinéscriptographe ne raconte pas la tempête.
Il en approche la forme sensible : une accumulation de pressions, un seuil invisible, puis une décharge massive, où le bois, le sol, les corps et les équilibres cèdent ensemble.

Note

Ce cinéscriptographe n’établit aucune causalité entre les phrases envoyées, les objets offerts, les paroles radiophoniques et la tempête Klaus de janvier 2009.

Il observe comment une série de gestes, de mots et de figures — bouton, chute, bois, cinéma, siège instable — peut, après coup, entrer en résonance avec un événement naturel violent ayant entraîné des pertes humaines et des destructions majeures.

Il ne s’agit ni d’une métaphore de la catastrophe, ni d’une mise en scène de la colère, ni d’un jeu symbolique. Il s’agit d’une lecture par affinité formelle et rythmique, où le passage du minuscule au massif, du jouet à la forêt, du bouton au vent, fait apparaître une même logique de basculement.

Le lutin ne commande pas la tempête. Il en partage la vulnérabilité.

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Cinescriptograph — Storm Klaus (2009)

Cinescriptographic Glimpses (source phrases)

First half of 2008 – January 2009

— “They just have to press the button and let it blow up in their faces!”

Message sent electronically to France Inter, first half of 2008.

— “If the wine turns to vinegar, slow return, vibrating, on the reel.”

Fragment sent in the comments of the radio program Allô la planète, August 15, 2008.

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— “I wish you a happy New Year 2009.”

Phone call to the program Parking de Nuit, January 2, 2009.

— Object offered to France Inter on January 2, 2009: a small wooden lutin-clown, mounted on a push-button mechanism. A single press is enough to make its body fall; when the pressure is released, it rises again. The word “LUTIN” is written in blue ballpoint pen on the button.

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Amplifications :

On-air remark, Les p’tits bateaux, Sunday, January 4, 2009:

— “I didn’t really hear any joy in the New Year wishes?”

— Circulation and intensification of the same phrase on air, Saturday, January 10, 2009: “I press the button,” in the program Le Zap du zapping.
The phrase, already present earlier, is taken up again insistently the Saturday following the reception of the object.

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— Excerpt from a poem sent electronically on January 17, 2009 at 5:07 a.m. to Parking de Nuit, during the program Pas Debout, Déjà Couché:

	Reflective hypotyposis:

Motifs erupt in graphic blooms,
Through a fan of emulsified slats,
From the rippled reef sliding through,
Where silent nacres string themselves like slides;

Turn by turn, driven notch by notch,
the ephemeral image is laid down,
wearing itself away as a fern unspools.

Against pebbles in diverted currents,
Strange lenticular networks,
Which canvases, climates, grilled,
Reveal—from stove to eyelids;

The ribbon across the platters,
Serving fruits, Ô!
Words laid down,
Lines set to rest.

Greetings to the Giants,
Smatchs!

little sylvain

·

— “I’m not going to tear my hair out.”

Message sent electronically in the comments of a radio program (Allô la planète), January 19, 2009.

— “I’m on a folding seat.”

Message sent electronically in the comments of a radio program (Sur la Route), January 20, 2009.

Subsequent Event (Revelatory Memory)

From January 24 to 26, 2009, Storm Klaus strikes southwestern France.
Winds reaching 150 to 170 km/h uproot and flatten thousands of trees.
Eleven people, including four children, lose their lives.
According to Météo France, the storm is comparable in intensity to that of December 1999.

Translator’s Note on the Poem

The poem included in this cinescriptograph is not strictly translatable.

Its construction relies heavily on phonetic echoes, sound play, homophony, and rhythmic drift, many of which are specific to the French language and to the author’s own name, voice, and listening context. Several words function simultaneously on multiple levels: visual, sonic, material, and associative, without stabilizing into a single semantic meaning.

The English version presented here should therefore be understood not as a translation in the conventional sense, but as a proximity rendering: an attempt to preserve images, movements, and tonal density, while accepting the loss of certain phonetic and linguistic effects.

In particular:

  • the poem’s relation to cinema (film reel, projection, light rebound),
  • its latent references to wood, forest matter, and surfaces,
  • and its play with scale and impact (“Smatchs”),

operate through sound and texture as much as through meaning.

What is transmitted is a formal vibration, not a semantic equivalence.
The poem remains, in its core operations, rooted in French.

Cinescriptographic Reading (a posteriori)

Read after the fact, these glimpses organize themselves around a single regime of triggering, falling, and righting.

It begins with a phrase of anger: “press the button.” The expression is brutal, excessive, almost unbearable. It is not ironic. It expresses accumulated tension, a desire for discharge without a precise target, without a scenario. The button already appears as an abstract figure of power: a tiny gesture with irreversible effects.

This figure returns in concrete form with the offered object: a wooden lutin mounted on a tumbling mechanism. A simple press is enough to make it fall. The pressure stops: it rises again. The gesture is childlike, repetitive, almost playful—but the fall is real.

The word “LUTIN,” deliberately written on the button, names the object without yet measuring its scope. Only afterward does this naming take on relief, resonating with a sylvan regime and with the fall.

At the same time, on air, the same phrase circulates: “I press the button.” It is not new, but it intensifies, repeats, presses itself forward. The verbal gesture insists. It becomes a motif. It triggers nothing, but it prepares a regime of listening in which pressure, contact, and the critical instant take on a central place.

The poem sent a few days later shifts the tension to a graphic and cinematic plane. Graphs burst forth: lines, ribbons, unfolding surfaces. The landscape is a border landscape: reef, pebbles, drifting currents, dune, fern. Nothing is stable; everything slides, rubs, drifts, unspools.

Images belong as much to the shoreline as to projection: film reel, slats, screens, light bouncing “from stove to eyelids.” Cinema appears as an intermediate zone, a threshold between matter and image, between impact and apparition.

Wood does not yet appear as forest, but as deferred matter: stove, elevated fruits, resting strokes. A delayed substance, ready to fall, to be laid low, then to be burned. What is still surface and image will become mass, fall, obstruction.

“Greetings to the Giants, Smatchs!”
The salutation is not joyful. It marks a difference in scale: the small facing the massive, the lutin facing the trees, the human facing the forest. The word “smatchs” flattens, slams, strikes down.

The final fragments displace the scene once more.
Not tearing one’s hair out: holding.

Sitting on a folding seat: a provisional support, collapsible, ready to snap shut.
Turned upside down, the folding seat becomes a trapdoor. The position is suspended, unstable, ready to give way.

When Storm Klaus arrives, it fulfills none of these signs.
It passes through them. Extreme winds flatten thousands of trees. The forest falls. Lives are lost.

What had until then belonged to miniature gesture—pressing, falling, rising— suddenly changes scale. The button is no longer accessible. The fall does not right itself.

This cinescriptograph does not recount the storm. It approaches its sensible form: an accumulation of pressures, an invisible threshold, then a massive discharge, where wood, ground, bodies, and balances give way together.

Note

This cinescriptograph establishes no causal relationship between the messages sent, the objects offered, the radiophonic utterances, and Storm Klaus in January 2009.
It observes how a series of gestures, words, and figures—button, fall, wood, cinema, unstable seat—can, after the fact, resonate with a violent natural event that caused human loss and widespread destruction.

It is neither a metaphor of catastrophe, nor a staging of anger, nor a symbolic game.
It is a reading by formal and rhythmic affinity, where the passage from the minute to the massive, from toy to forest, from button to wind, reveals a shared logic of tipping over.

The lutin does not command the storm. It shares its vulnerability.

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