Cinéscriptographe de l’embuscade

Cinéscriptographe — embuscade

Aperçus cinéscriptographiques (phrases-sources)

Fragments écrits et diffusés à des moments distincts, dans différents espaces publics radiophoniques de France Inter, entre juillet et août 2008 :

14 juillet 2008 — après un défilé militaire télévisé
(émission Le Téléphone sonne)

— « Extérieur jour. Soleil avec quelques nuages. Les parachutistes atterrissent. »

— « Sur un tapis bien ficelé. En souvenir des enfants tués par la France »

Ces phrases empruntent volontairement le langage du cinéma
(didascalies, indications de décor, mise en scène).
Pour la première fois, des parachutistes atterrissent place de la Concorde lors du défilé du 14 juillet.

18–19 août 2008 — échange radiophonique
(émission Parking d’Été)

— « Hello ? »

Formule minimale, adressée comme une demande d’accès, un appel, une tentative d’entrée dans un espace autorisé.

19 Août 2008— note manuscrite, puis transmise
(émission Parking d’Été)

— « Et nous rentre âmes par le corridor. »

Phrase d’abord écrite sur papier, où l’écart orthographique (rentre âmes) fait apparaître une hésitation du sens : entrer / revenir / déposer une part de soi.

Évènement ultérieur (mémoire révélatrice)

Le 18 août 2008, une unité de soldats français est prise dans une embuscade dans la vallée d’Uzbeen, en Afghanistan. Dix soldats, pour la plupart parachutistes, sont tués lors d’affrontements violents, qui se poursuivent jusqu’au lendemain.
Des difficultés de transmission sont rapportées au cours de l’opération.

L’information devient publique entre le 19 et le 20 août 2008.
Des funérailles nationales ont lieu le 21 août 2008 aux Invalides.

Lecture cinéscriptographique (a posteriori)

Relus après les faits, ces fragments apparaissent comme les éléments dispersés d’une même structure d’entrée et de passage :

  • une mise en scène initiale (parachutistes, extérieur jour),
  • un espace préparé (« tapis »),
  • une inscription mémorielle explicite,
  • une demande d’accès (« hello ? »),
  • puis un passage étroit — le corridor.

La phrase « Sur un tapis bien ficelé. En souvenir des enfants tués par la France » introduit d’emblée une dimension de deuil et de responsabilité collective. Elle ne désigne pas un événement précis, mais installe un fond de violence historique et politique, comme un sol symbolique sur lequel la suite va s’inscrire.

La phrase « nous rentre âmes par le corridor »prend alors une valeur particulière.
Elle désigne moins un déplacement qu’un engagement irréversible dans un espace contraint, dont la violence ne se révèle qu’une fois franchi.

Le nous n’y désigne plus un sujet individuel, mais un collectif indéterminé.
Rentrer implique un retour après un départ.
Âmes désigne ce qui subsiste lorsque les corps sont absents.

La phrase semble ainsi condenser, sans la formuler explicitement, l’idée d’un passage sans retour — non celui des corps, mais celui des traces, des mémoires, des présences manquantes.

Le corridor apparaît comme un espace étroit, un lieu de transition où l’on ne traverse pas indemne.

Ce cinéscriptographe ne raconte pas l’embuscade.
Il en propose une pré-figuration spatiale, symbolique et mémorielle, devenue lisible seulement après coup.

Note

Ce cinéscriptographe n’a pas été écrit dans une intention de commentaire politique ou militaire.
Il ne prédit pas l’événement et n’en explique ni les causes ni les responsabilités.

Il observe comment des phrases, produites à des moments différents, sans plan préalable, peuvent parfois entrer en résonance avec le réel lorsque celui-ci se reconfigure brutalement.

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Cinescriptograph — Ambush

Cinescriptographic glimpses (source phrases)

Fragments written and disseminated at distinct moments, in different public radio spaces on France Inter, between July and August 2008:

July 14, 2008 — following a televised military parade
(Le Téléphone sonne program)

—“Exterior day. Sun with a few clouds. The paratroopers land.”

—“On a tightly bound carpet. In memory of the children killed by France.”

These phrases deliberately borrow the language of cinema (stage directions, setting indications, mise en scène).
For the first time, parachutists landed at Place de la Concorde during the July 14th parade.

August 18–19, 2008 — radio exchange
(Parking d’Été program)

—“Hello?”

A minimal formula, addressed as a request for access, a call, an attempt to enter an authorized space.

August 19, 2008 — handwritten note, later transmitted
(Parking d’Été program)

—“And we re-enter souls through the corridor.”

A phrase first written on paper, where the orthographic shift (re-enter / souls) introduces a hesitation of meaning: to enter / to return / to deposit a part of oneself.

Subsequent event (revealing memory)

On August 18, 2008, a unit of French soldiers is caught in an ambush in the Uzbeen Valley, Afghanistan. Ten soldiers are killed during violent clashes that continue until the following day.
Communication difficulties were reported during the operation.

The information becomes public between August 19 and 20, 2008.
National funerals take place on August 21, 2008, at Les Invalides.

Cinescriptographic reading (a posteriori)

Read after the events, these fragments appear as the dispersed elements of a single structure of entry and passage:

  • an initial mise en scène (paratroopers, exterior day),
  • a prepared space (“carpet”),
  • an explicit memorial inscription,
  • a request for access (“hello?”),
  • then a narrow passage — the corridor.

The phrase “On a tightly bound carpet. In memory of the children killed by France”
immediately introduces a dimension of mourning and collective responsibility.
It does not designate a specific event, but establishes a background of historical and political violence, like a symbolic ground upon which what follows will be inscribed.

The phrase “we re-enter souls through the corridor” then takes on a particular value.
It signifies less a movement than an irreversible commitment into a constrained space, whose violence is revealed only once crossed.

The we no longer designates an individual subject, but an indeterminate collective.
To re-enter implies a return after departure.
Souls designates what remains when bodies are absent.
The phrase thus seems to condense, without explicitly formulating it, the idea of a passage without return — not that of bodies, but of traces, memories, and missing presences.

The corridor appears as a narrow space, a transitional place that one does not cross unscathed.

This cinescriptograph does not recount the ambush.
It proposes a spatial, symbolic, and memorial pre-figuration of it, becoming legible only after the fact.

Note

This cinescriptograph was not written with the intention of political or military commentary.
It does not predict the event and does not explain its causes or responsibilities.
It observes how phrases, produced at different moments, without a prior plan, may sometimes resonate with reality when that reality reconfigures itself abruptly.

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