Cinéscriptographe — Madoff
Aperçus cinéscriptographiques (phrases-sources)
Premier semestre – décembre 2008
— « C’est comme un big high. »
Phrase envoyée par voie électronique à une émission de France Inter, début 2008.
Geste performatif décrit par voie électronique : — « Mayonnaise, ketchup, pppfffuuurz — deux tubes de sauces souples vidés dans une assiette. »
Message adressé à l’émission Ça se bouffe pas, ça se mange !, fin du premier semestre 2008.
·
— « Asti. »
Bouteille de vin mousseux offerte à France Inter à l’occasion de mon anniversaire, fin août 2008, transmise à l’émission Parking de Nuit par l’intermédiaire d’une assistante.
Pré-amplification :
— « On a déniché quelque chose. Celle-ci, elle est pour toi, Jean-Louis. »
Remarque prononcée à l’antenne de Parking de Nuit, à propos de la bouteille.
·
— « Pauvre pêcheur peut-être. »
Fragment envoyé par voie électronique fin août 2008.
Recherche internet: je découvre qu’ASTI (Ascent Solar Technology Inc.) est une société coté au Nasdaq.
Amplification :
— « Tu vas à la pêche au gros, toi ?! »
Phrase entendue dans une chronique radiophonique (Le Fou du Roi ), tout début septembre 2008.
·
— « C’est l’effet be high. »
Fragment envoyé début novembre 2008, après l’élection présidentielle américaine.
— « Smacks. »
Mot envoyé par voie électronique à Parking de Nuit, au moment où un duo de musiciens aveugles chante à l’antenne (Amadou & Mariam), pendant Allô La Planète, 10 décembre 2008.
— « Oh pardon, je suis perdu. »
Message envoyé quelques minutes plus tard.
Évènement ultérieur (mémoire révélatrice)
Le 12 décembre 2008, Bernard Madoff est arrêté à New York par le FBI pour une fraude financière estimée à plus de 50 milliards de dollars.
Ancien maître-nageur sur les plages de Long Island, il met en place dès les années 1960 un système inspiré du schéma de Ponzi, promettant des rendements élevés sur des placements fictifs.
La crise financière mondiale provoque l’effondrement du dispositif et révèle l’ampleur de la fraude.
Madoff a joué un rôle majeur dans le développement du Nasdaq, qu’il préside de 1990 à 1993.
La veille de son arrestation, il déclare : « J’ai tout perdu. Je suis fini. »
Inculpé et condamné à 150 ans de prison, Bernard Madoff demandera pardon à ses millions de victimes.
Lecture cinéscriptographique (a posteriori)
Relus après coup, ces aperçus s’organisent autour d’un même régime de l’euphorie, du mélange et de la perte de repères.
Tout commence par un état : big high, be high. Non pas l’ivresse festive, mais une montée artificielle, sans base réelle.
Les gestes et les mots évoquent l’assemblage sans discernement : sauces mélangées, couleurs confondues, textures écrasées. La mayonnaise et le ketchup ne forment pas une recette, mais une saturation. Quelque chose prend, mais sans structure.
Le vocabulaire de la pêche traverse discrètement l’ensemble : pauvre pêcheur, pêche au gros, pêché à l’aveuglette. Il ne s’agit pas de maîtrise, mais d’attraper sans voir, de tirer quelque chose de l’eau sans savoir ce qui remonte.
Le “gros” n’est pas nommé sur le moment. Il désigne une masse indistincte, un volume sans visage, un lieu abstrait de concentration. Ce n’est qu’après coup que le mot prend son poids réel : le Nasdaq, espace de cotation, de promesses et de captures à grande échelle.
L’offrande d’une bouteille — Asti — ajoute un autre glissement. Le nom circule entre boisson festive, territoire, acronyme boursier. La bulle est à la fois liquide, financière et symbolique.
Les derniers mots marquent le basculement : Smacks, céréales soufflées de blé, mascotte, légèreté extrême ; puis : « je suis perdu ». L’euphorie s’effondre en désorientation.
La mémoire révélatrice vient donner à cette configuration une figure précise.
La fraude Madoff repose sur ce même régime : promesse de rendement, gonflement artificiel, mélange des flux, absence de sol. La finance devient une matière soufflée, tenue par l’air. Tout se présente sous des formes légères, comestibles, ludiques, alors que ce qui se joue engage des masses invisibles et irréversibles. Lorsque la crise retire l’oxygène, tout retombe.
Ce cinéscriptographe ne décrit pas la fraude. Il en enregistre la texture préalable : montée, mélange, aveuglement, puis chute sans éclat.
Note
Ce cinéscriptographe n’établit aucune causalité entre les messages envoyés et l’arrestation de Bernard Madoff.
Il observe comment une série de mots, de gestes et de situations marqués par l’euphorie, la confusion et la perte de repères peut, après coup, entrer en résonance avec un effondrement financier majeur.
Il ne s’agit ni d’une analyse économique ni d’une allégorie morale, mais d’une lecture par affinité sensible, où la bulle — alimentaire, symbolique, financière — finit toujours par se dégonfler.
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Cinescriptographer — Madoff
Cinescriptographic Glimpses (source phrases)
First semester – December 2008
— “It’s like a big high.”
Phrase sent electronically to a France Inter radio program, early 2008.
Performative gesture described electronically: — »Mayonnaise, ketchup, pppfffuuurz — two soft plastic sauce tubes emptied into a plate. »
Message sent to the program Ça se bouffe pas, ça se mange! at the end of the first semester 2008.
·
— “Asti.”
Bottle of sparkling wine offered to France Inter on the occasion of my birthday, late August 2008, passed on to the program Parking de Nuit through an assistant.
Pre-Amplification :
— “We’ve found something. This one’s for you, Jean-Louis.”
Remark spoken on air during Parking de Nuit, referring to the bottle.
·
— “Poor fisherman, perhaps.”
Fragment sent electronically at the end of August 2008.
Internet search: I discover that ASTI (Ascent Solar Technology Inc.) is a company listed on the Nasdaq.
Amplification :
— “You’re going big-game fishing, are you?!”
Sentence heard in a radio column (Le Fou du Roi), very early September 2008.
·
— “C’est l’effet be high.”
Fragment sent in early November 2008, after the U.S. presidential election.
— “Smacks.”
Word sent electronically to Parking de Nuit while a duo of blind musicians was singing on air (Amadou & Mariam), during Allô La Planète, December 10, 2008.
— “Oh sorry, I’m lost.”
Message sent a few minutes later.
Subsequent Event (Revealing Memory)
On December 12, 2008, Bernard Madoff is arrested in New York by the FBI for a financial fraud estimated at over 50 billion dollars.
A former lifeguard on the beaches of Long Island, he had been implementing since the 1960s a system inspired by the Ponzi scheme, promising high returns on fictitious investments.
The global financial crisis causes the collapse of the operation and exposes the scale of the fraud.
Madoff played a major role in the development of the Nasdaq, which he chaired from 1990 to 1993.
On the eve of his arrest, he declared: “I’ve lost everything. I’m finished.”
Convicted and sentenced to 150 years in prison, Bernard Madoff would later apologize to his millions of victims.
Cinescriptographic Reading (a posteriori)
Read after the fact, these glimpses organize themselves around a shared regime of euphoria, mixture, and loss of bearings.
It begins with a state: big high, be high. Not festive intoxication, but an artificial rise, without real foundation. The gestures and words evoke indiscriminate assemblage: mixed sauces, confused colors, crushed textures. Mayonnaise and ketchup do not form a recipe, but a saturation. Something sets, but without structure.
The vocabulary of fishing discreetly runs through the whole: poor fisherman, big-game fishing, fishing blind. This is not mastery, but catching without seeing, pulling something out of the water without knowing what will surface.
The “big one” is not named at the time. It designates an indistinct mass, a faceless volume, an abstract site of concentration. Only afterward does the word acquire its real weight: the Nasdaq, a space of quotation, promises, and large-scale captures.
The offering of a bottle — Asti — introduces another slippage. The name circulates between festive drink, territory, and stock-market acronym. The bubble is at once liquid, financial, and symbolic.
The final words mark the tipping point: Smacks, puffed wheat cereal, mascot, extreme lightness; a blind voice on the radio; then: “I’m lost.” Euphoria collapses into disorientation.
The revealing memory gives this configuration a precise figure.
The Madoff fraud rests on the same regime: promise of returns, artificial inflation, mixing of flows, absence of ground. Finance becomes a puffed substance, held together by air. Everything takes on light, edible, playful forms, while what is unfolding involves invisible and irreversible masses. When the crisis removes the oxygen, everything falls back down.
This cinescriptographer does not describe the fraud.
It records its preliminary texture: rise, mixture, blindness, then a fall without spectacle.
Note
This cinescriptographer establishes no causal link between the messages sent and the arrest of Bernard Madoff.
It observes how a series of words, gestures, and situations marked by euphoria, confusion, and loss of bearings can, after the fact, resonate with a major financial collapse.
It is neither an economic analysis nor a moral allegory, but a reading by sensitive affinity, in which the bubble — alimentary, symbolic, financial — inevitably deflates.