Cinéscriptographe de Sœur Emmanuelle

Cinéscriptographe Sœur Emmanuelle

Aperçus cinéscriptographiques (phrases-sources)

Le vendredi 17 octobre 2008, j’envoie par voie électronique cette phrase dans une émission radiophonique nocturne de France Inter :

— « Sur sa tombe, on pourra écrire sil anse. »

Amplification : le samedi 18 octobre 2008, en début d’après-midi, sur la même antenne, dans l’émission CO² mon amour, une phrase est prononcée en ouverture :

— « Ici, on a un silence assourdissant. »

Le dimanche 19 octobre 2008 au soir, j’appelle à deux reprises le répondeur de l’émission Parking de Nuit de France Inter. L’émission n’a pas lieu ce soir-là. Je le sais. Je tombe sur le répondeur. Ces appels ont lieu pendant la diffusion d’une autre émission de France Inter, Ascenseur pour le Jazz. À l’antenne, une allusion est faite à un téléphone qui sonne. Aucun message n’est laissé.

Évènement ultérieur (mémoire révélatrice)

Au petit matin du lundi 20 octobre 2008, Sœur Emmanuelle décède à Callian, dans le Var, à l’âge de 99 ans. Née Madeleine Cinquin en 1908, elle fut religieuse, éducatrice et figure engagée auprès des plus pauvres, notamment dans les bidonvilles du Caire. Son action s’est inscrite dans une présence concrète, active, tournée vers les enfants, l’éducation et la réduction de la violence sociale.

Lecture cinéscriptographique (a posteriori)

Relus après le décès de Sœur Emmanuelle, ces aperçus s’organisent autour d’un même régime du silence. Silence écrit (« sil anse »), silence téléphonique, silence entendu, silence final.

La première phrase — sur sa tombe on pourra écrire sil anse — propose une inscription minimale, phonétique, où le mot silence se déplie et se fragmente. La tombe n’est pas encore là, mais l’espace de l’inscription est déjà ouvert.

Le lendemain, une autre émission s’ouvre sur la formule : ici, on a un silence assourdissant.
Le silence n’est plus seulement écrit : il est dit, amplifié, rendu audible par l’oxymore. Ce qui, la veille, était projeté comme inscription future devient une qualité présente de l’espace radiophonique.

Le troisième temps introduit un geste sans parole. Appeler une émission qui n’a pas lieu, en connaître l’absence, tomber volontairement sur un répondeur, ne rien dire. L’appel est effectué au moment précis où une autre émission est diffusée, portant en son titre l’idée d’élévation. L’appel ne traverse pas par la voix. Il circule autrement. À l’antenne, une allusion est faite à un téléphone qui sonne. Quelque chose est perçu.

Dans cette séquence, le silence n’est ni vide ni absence. Il est successivement :

  • inscription possible,
  • matière sonore,
  • geste muet,
  • signal reconnu.

Le cinéscriptographe ne raconte pas un événement. Il enregistre une configuration : celle d’un passage où la parole se retire, où l’appel ne demande pas de réponse, où le silence devient la forme même de la présence.
La disparition de Sœur Emmanuelle vient donner à cette suite d’aperçus une résonance précise : celle d’une voix engagée qui s’éteint, laissant place à un silence chargé d’action passée.

Ce cinéscriptographe n’annonce pas la mort. Il en accompagne la forme sensible.

Note

Ce cinéscriptographe n’établit aucune causalité.
Il observe comment des gestes minimes — écrire, entendre, appeler sans parler — peuvent, après coup, se disposer autour d’un événement, et devenir lisibles comme une seule et même modulation du silence.
Il ne propose ni interprétation religieuse ni lecture politique.
Il observe la manière dont le silence, sous différentes formes, peut devenir un lieu de mémoire.

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Cinescriptograph Sister Emmanuelle

Cinescriptographic glimpses (source phrases)

On Friday, October 17, 2008, I electronically send this sentence to a late-night radio program on France Inter:

—“On her grave, one could write sil anse.”

Amplification : on Saturday, October 18, 2008, early in the afternoon, on the same radio channel, in the program CO² mon amour, a sentence is spoken at the opening:

—“Here, we have a deafening silence.”

On Sunday evening, October 19, 2008, I call the answering machine of the program Parking de Nuit on France Inter twice. The program does not air that evening. I know this. I reach the answering machine. These calls take place during the broadcast of another radio program on France Inter, Ascenseur pour le Jazz. On air, an allusion is made to a telephone ringing. No message is left.

Subsequent event (revealing memory)

In the early morning of Monday, October 20, 2008, Sister Emmanuelle dies in Callian, in the Var region, at the age of 99. Born Madeleine Cinquin in 1908, she was a nun, educator, and a deeply engaged figure working with the poorest, particularly in the slums of Cairo. Her action took the form of a concrete, active presence, directed toward children, education, and the reduction of social violence.

Cinescriptographic reading (a posteriori)

Read after the death of Sister Emmanuelle, these glimpses organize themselves around a shared regime of silence. Written silence (sil anse), telephone silence, heard silence, final silence.

The first sentence — on her grave one could write sil anse — proposes a minimal, phonetic inscription, in which the word silence unfolds and fragments. The grave is not yet there, but the space of inscription is already open.

The following day, another program opens with the phrase: here, we have a deafening silence. Silence is no longer only written: it is spoken, amplified, made audible through oxymoron. What the day before was projected as a future inscription becomes a present quality of the radio space.

The third moment introduces a gesture without speech. Calling a program that does not air, knowing of its absence, deliberately reaching an answering machine, saying nothing. The call is made at the precise moment when another program is broadcast, whose title itself carries the idea of elevation. The call does not pass through the voice. It circulates otherwise. On air, an allusion is made to a telephone ringing. Something is perceived.

In this sequence, silence is neither emptiness nor absence. It is, successively:

  • a possible inscription,
  • a sonic material,
  • a mute gesture,
  • a recognized signal.

The cinescriptograph does not recount an event. It records a configuration: that of a passage where speech withdraws, where the call does not ask for an answer, where silence becomes the very form of presence.

The disappearance of Sister Emmanuelle gives this series of glimpses a precise resonance: that of an engaged voice that falls silent, leaving behind a silence charged with past action.
This cinescriptograph does not announce death. It accompanies its sensitive form.

Note

This cinescriptograph establishes no causality.
It observes how minimal gestures — writing, hearing, calling without speaking — can, after the fact, arrange themselves around an event and become legible as a single modulation of silence.
It proposes neither a religious interpretation nor a political reading.
It observes how silence, in its various forms, can become a place of memory.

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