Cinéscriptographe — Crash Rio–Paris (AF447)
(et du décès de Macha Béranger)
Aperçus cinéscriptographiques (phrases et gestes sources)
(avril–mai 2009)
— Rêve 1(nuit du 25 au 26 avril 2009, noté ultérieurement) :
Un grand immeuble rectangulaire. Tout y est angulaire, orthogonal. Un appartement à un étage intermédiaire. Des peintures accrochées au-dessus des rambardes d’escalier. L’une attire l’attention, sans que son contenu puisse être retenu.
Puis un déplacement s’opère. Des catacombes. Un labyrinthe souterrain. Une corde épaisse à laquelle plusieurs personnes sont suspendues. Par peur, la progression se fait par petits groupes. Un escalier circulaire descend vers un niveau inférieur, plus éclairé, au revêtement neuf.
Une voix demande de rechercher une femme « qui fait du social ». Elle sort. Le rêve s’interrompt.
Pré-amplification :
— 26 avril 2009 :
Décès de Macha Béranger (Michèle Riond), née à Vichy le 22 juillet 1941, animatrice de l’émission Allô Macha sur France Inter de 1977 à 2006.
Elle est enterrée à Groisy, en Haute-Savoie, non loin du massif du Mont-Blanc.
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— Rêve 2 (nuit vers début mai 2009, noté ultérieurement) :
L’intérieur de la tour Eiffel. Une structure métallique. Un espace vertical. Des plongées répétées dans une piscine, comme un mouvement de yo-yo. La remontée provoque une angoisse physique. Le cœur se soulève. La sensation est partagée : une autre présence accompagne la scène.
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Amplification :
— 1er mai 2009 :
Dans son émission Parking de Nuit consacrée à Macha Béranger, Sophie Loubière prononce à l’antenne cette expression :
— « on a un dégât collatéral ».
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— Recherche internet consécutive :
Consultation d’informations liées à Macha Béranger. La recherche fait apparaître un stylo Mont-Blanc. De là, un lien est suivi vers le massif du Mont-Blanc, puis vers Princess Malabar, nom d’un avion qui s’écrasa sur l’arête terminale du Rocher de la Tournette en 1950, et dont les restes sont progressivement distribués par le glacier des Bossons. La recherche s’interrompt. Cette recherche se fait sans intention particulière, par associations successives.
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— Rêve 3 (nuit du 12 au 13 mai 2009, noté le jour même) :
Un monde clos, tapissé de satin. Une architecture d’entresols superposés. La descente se fait le long de draps noués entre eux. Un avertissement précède l’arrivée au sol : au moment de toucher terre, une coulée de lave d’or doit s’épancher.
Le pied touche le sol avec légèreté. Une nappe brillante jaillit. Une pépite, comme le pouce de César, est saisie à la main. L’image est nette, isolée.
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— Observation diurne (21 mai 2009, 21h13) :
Un ciel couvert d’un voile blanc épais. Le soleil perce à l’horizon. Un lent dégradé de couleurs pastel se déploie. Des hirondelles tracent des courbes rapides. Plus haut, des avions blancs traversent l’espace, lourds, rectilignes. Je regarde depuis la fenêtre. La scène apparaît comme un plan oblique, en hypoténuse, où tout semble plat. Les avions montent et descendent. Les oiseaux grossissent et rapetissent. Le soleil se lève à l’autre bout du monde.
— Notation brève (22 mai 2009) :
Un bateau à voile pourpre glisse lentement le long du rivage, sur la côte de la lumière.
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Intensifications :
— 29 mai 2009 (soirée) :
Annonce radiophonique du décès de randonneurs et d’alpinistes dans le massif du Mont-Blanc.
— 31 mai 2009 (soir) :
À l’angle de la rue de la Muette et de la rue Saint-François-Ponsard, une voiture Smart noire est stationnée devant une pharmacie. Nous sommes arrêtés à cet endroit. Son immatriculation : 719 AF 45.
Le détail attire l’attention : AF, comme Air France ; 45, département du lieu de naissance, relevé à Paris, où il est peu courant. La remarque est partagée sur le moment, sans qu’aucun sens ne lui soit alors attribué.
Évènement ultérieur (Mémoire révélatrice)
Dans la nuit du 31 mai au 1er juin 2009, jour férié de la Pentecôte, le vol Air France AF447, reliant Rio de Janeiro à Paris, disparaît au-dessus de l’océan Atlantique, avec 228 personnes à bord, dont 12 membres d’équipage.
L’appareil, un Airbus A330-200, émet son dernier message à 1 h 35 UTC, à la tour de contrôle de Natal, située à 565 kilomètres du ‘point tournant’, zone de transit aérien située entre les couvertures de contrôle brésilienne et africaine.
Aucun survivant n’est retrouvé.
Il s’agit du plus grave accident de l’histoire de la compagnie Air France.
Une cérémonie commémorative est célébrée à Notre-Dame de Paris.
Les causes exactes de l’accident feront l’objet d’une enquête prolongée.
Les enregistreurs de vol ne seront localisés et remontés que plusieurs années plus tard.
En effet, le 04 juin 2009, est envoyé sur zone de l’accident le sous-marin nucléaire français Emeraude, équipé de ses sonars ultra sensibles, ses « oreilles d’or », mais les boites noires ne seront finalement retrouvées que le 1er mai 2011.
Le givrage de sondes Pitot, utiles pour l’altimétrie et la vitesse, serait à l’origine du drame.
Lecture cinéscriptographique (a posteriori)
Relus après coup, ces aperçus ne composent ni une prémonition ni une narration continue, mais une mise en tension progressive autour de la perte de repères, de la verticalité et de la restitution différée.
Le premier rêve installe un régime de l’enfermement et de la peur collective. L’architecture est rigide, rectangulaire, puis souterraine. On ne progresse pas librement : on descend, suspendus à une corde, par petits groupes. Une recherche est demandée, sans méthode claire. Quelqu’un sort. Le rêve s’interrompt avant toute résolution.
La disparition de Macha Béranger intervient alors comme un premier point de bascule.
Figure de la voix nocturne, de l’écoute et de l’accompagnement, elle est géographiquement liée au massif du Mont-Blanc — lieu de verticalité extrême, de froid, et d’accidents non élucidés. Sa mort n’explique rien, mais elle ouvre un axe.
Le second rêve déplace cet axe vers la communication.
La tour Eiffel apparaît comme une structure intérieure : antenne, pylône, ossature. Le corps y est pris dans un mouvement instable de plongée et de remontée, sans maîtrise. La peur est physique, viscérale. Il n’y a pas de chute nette, mais une oscillation dangereuse.
L’amplification radiophonique — « on a un dégât collatéral » — fait référence à la disparition de Macha Béranger, tout en empruntant un vocabulaire où l’effet précède l’intention.
La formule ne décrit pas un événement ; elle en dit la retombée.
La recherche internet prolonge ce glissement. De la voix à l’objet, de l’objet au lieu, du lieu à un précédent aérien. Princess Malabar, avion écrasé sur le Mont-Blanc, dont les restes réapparaissent lentement, distribués par la glace. Aucune analogie n’est formulée. Mais un motif s’inscrit : celui d’une catastrophe aérienne opaque, gelée, restituée fragment par fragment.
Le troisième rêve condense cette logique sous une autre forme.
La descente est annoncée. Un avertissement est donné. Le sol est atteint. Ce qui surgit n’est pas la destruction, mais un objet isolé, brillant, saisissable. Non pas la totalité, mais un reste.
Les observations diurnes maintiennent cette ambivalence.
Avions lourds, oiseaux légers. Montées et descentes. Regard oblique sur un monde où tout semble plat, mais traversé de trajectoires invisibles.
L’intensification finale resserre l’espace autour du Mont-Blanc, puis d’un détail urbain immobile : une voiture, une immatriculation, un croisement de lettres et de chiffres. Le détail est relevé, sans interprétation.
La mémoire révélatrice survient ensuite, sans transition symbolique.
La disparition du vol AF447. Chute réelle, collective, au-dessus de l’océan. Zone de transit. Communication interrompue. Boîtes noires inaccessibles pendant des années. Glace, non plus sur un glacier, mais dans les sondes de vitesse.
Ce cinéscriptographe ne raconte pas une annonce.
Il montre comment, sur une période donnée, le monde se charge progressivement d’images de suspension, de descente, de gel et de restitution différée, jusqu’à ce qu’un événement réel vienne fixer rétroactivement cette configuration.
Note
Ce cinéscriptographe rassemble des rêves, des observations, des recherches et des paroles radiophoniques consignés entre avril et mai 2009, puis relus après coup à la lumière de deux événements survenus à la même période : le décès de Macha Béranger et la disparition du vol Air France AF447.
Il n’établit aucun lien causal, prédictif ou intentionnel entre ces éléments.
Les rêves sont rapportés comme tels, les recherches comme des cheminements effectifs, les observations comme des faits situés.
La mémoire révélatrice intervient a posteriori, non comme une explication, mais comme un point de fixation permettant de relire l’ensemble des aperçus selon une configuration sensible marquée par la verticalité, la perte de repères, le gel et la restitution différée.
Il ne s’agit ni d’une croyance ni d’une interprétation symbolique, mais d’un travail de mise en forme de perceptions et de fragments hétérogènes, tels qu’ils ont été vécus, notés, puis relus après coup.
Ce travail ne vise ni à interpréter ni à instrumentaliser les événements tragiques évoqués. Il est écrit dans le respect des personnes disparues et de leurs proches.
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Cinéscriptographer — Rio–Paris Crash (AF447)
(and of the death of Macha Béranger)
Cinéscriptographic Glimpses (source phrases and gestures)
(April–May 2009)
— Dream 1 (night of April 25–26, 2009, recorded later) :
A large rectangular building. Everything is angular, orthogonal. An apartment on an intermediate floor. Paintings hanging above stair railings. One draws attention, without its content being retained.
Then a shift occurs. Catacombs. An underground labyrinth. A thick rope from which several people are suspended. Out of fear, progress is made in small groups. A circular staircase descends toward a lower level, brighter, with a new surface. A voice asks that a search be conducted for a woman “who does social work.” She leaves. The dream stops.
Pre-amplification :
— April 26, 2009 :
Death of Macha Béranger (Michèle Riond), born in Vichy on July 22, 1941, host of the radio program Allô Macha on France Inter from 1977 to 2006.
She is buried in Groisy, Haute-Savoie, not far from the Mont Blanc massif.
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— Dream 2 (night around early May 2009, recorded later) :
The interior of the Eiffel Tower. A metallic structure. A vertical space. Repeated dives into a swimming pool, like a yo-yo motion. The ascent provokes physical anxiety. The heart lurches. The sensation is shared: another presence accompanies the scene.
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Amplification :
— May 1, 2009 :
On her program Parking de Nuit, devoted to Macha Béranger, Sophie Loubière utters the following expression on air:
—“We have collateral damage.”
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— Subsequent Internet Search :
Consultation of information related to Macha Béranger. The search brings up a Montblanc pen. From there, a link is followed to the Mont Blanc massif, then to Princess Malabar, the name of an aircraft that crashed on the terminal ridge of the Rocher de la Tournette in 1950, and whose remains are gradually distributed by the Bossons Glacier. The search stops. This search is done without any particular intention, through successive associations.
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— Dream 3 (night of May 12–13, 2009, recorded the same day) :
A closed world, lined with satin. An architecture of superimposed mezzanine levels. The descent is made along sheets tied together. A warning precedes arrival at the ground: upon touching down, a flow of golden lava is to spill out. The foot touches the ground lightly. A shimmering sheet bursts forth. A nugget, like Caesar’s thumb, is grasped in the hand. The image is sharp, isolated.
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— Daytime Observation (May 21, 2009, 9:13 p.m.) :
A sky covered with a thick white veil. The sun pierces the horizon. A slow gradient of pastel colors unfolds. Swallows trace rapid curves. Higher up, white airplanes cross the space, heavy, rectilinear.
I watch from the window. The scene appears like an oblique plane, a hypotenuse, where everything seems flat. The airplanes climb and descend. The birds grow and shrink. The sun rises on the other side of the world.
— Brief Notation (May 22, 2009) :
A boat with a purple sail glides slowly along the shoreline, on the coast of light.
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Intensifications :
— May 29, 2009 (evening) :
Radio announcement of the deaths of hikers and mountaineers in the Mont Blanc massif.
— May 31, 2009 (evening) :
At the corner of Rue de la Muette and Rue Saint-François-Ponsard, a black Smart car is parked in front of a pharmacy. We are stopped at that location. Its license plate: 719 AF 45. The detail draws attention: AF, as in Air France; 45, the department of the place of birth, noted in Paris, where it is uncommon. The remark is shared at the time, without any meaning being attributed to it at that time.
Subsequent Event (Revelatory Memory)
During the night of May 31 to June 1, 2009, Pentecost public holiday, Air France flight AF447, traveling from Rio de Janeiro to Paris, disappears over the Atlantic Ocean, with 228 people on board, including 12 crew members.
The aircraft, an Airbus A330-200, transmits its last message at 1:35 a.m. UTC to the Natal control tower, located 565 kilometers from the “turning point,” a transit zone between Brazilian and African airspace coverage.
No survivors are found.
It is the deadliest accident in the history of Air France.
A commemorative ceremony is held at Notre-Dame de Paris.
The exact causes of the accident become the subject of a prolonged investigation.
The flight recorders are not located and recovered until several years later.
Indeed, on June 4, 2009, the French nuclear submarine Emeraude is sent to the crash area, equipped with its ultra-sensitive sonars, its “golden ears,” but the black boxes are ultimately recovered only on May 1, 2011.
Icing of the Pitot probes, used for altitude and speed measurement, is believed to be the cause of the disaster.
Cinéscriptographic Reading (a posteriori)
Read after the fact, these glimpses form neither a premonition nor a continuous narrative, but a progressive tension around loss of bearings, verticality, and delayed restitution.
The first dream establishes a regime of enclosure and collective fear.
The architecture is rigid, rectangular, then subterranean. Progress is not free: one descends, suspended from a rope, in small groups. A search is requested, without a clear method. Someone leaves. The dream stops before any resolution.
The death of Macha Béranger then appears as a first point of inflection.
A figure of nocturnal voice, listening, and accompaniment, she is geographically linked to the Mont Blanc massif — a place of extreme verticality, cold, and unresolved accidents. Her death explains nothing, but it opens an axis.
The second dream shifts this axis toward communication.
The Eiffel Tower appears as an interior structure: antenna, pylon, framework. The body is caught in an unstable movement of diving and rising, without control. The fear is physical, visceral. There is no clear fall, but a dangerous oscillation.
The radio amplification— »we have collateral damage« —refers to the disappearance of Macha Béranger, while employing vocabulary where the effect precedes the intention.
The phrase doesn’t describe an event; it describes its repercussions.
The internet search extends this slippage. From voice to object, from object to place, from place to an aerial precedent. Princess Malabar, an aircraft that crashed on Mont Blanc, whose remains reappear slowly, distributed by ice. No analogy is asserted. But a motif inscribes itself: that of an opaque, frozen aerial catastrophe, restored fragment by fragment.
The third dream condenses this logic in another form.
The descent is announced. A warning is given. The ground is reached. What emerges is not destruction, but an isolated, bright, graspable object. Not the whole, but a remainder.
The daytime observations maintain this ambivalence.
Heavy airplanes, light birds. Ascents and descents. An oblique gaze on a world that seems flat, yet crossed by invisible trajectories.
The final intensification tightens the space around Mont Blanc, then around an immobile urban detail: a car, a license plate, a crossing of letters and numbers. The detail is noted, without interpretation.
The revelatory memory follows, without symbolic transition.
The disappearance of flight AF447. A real, collective fall, over the ocean. A transit zone. Communication interrupted. Black boxes inaccessible for years. Ice, no longer on a glacier, but in the speed sensors.
This ciné-scriptographer does not tell of an announcement.
It shows how, over a given period, the world progressively loads itself with images of suspension, descent, freezing, and delayed restitution, until a real event comes to retroactively fix this configuration.
Note
This ciné-scriptographer brings together dreams, observations, searches, and radio utterances recorded between April and May 2009, then reread after the fact in the light of two events that occurred during the same period: the death of Macha Béranger and the disappearance of Air France flight AF447.
It establishes no causal, predictive, or intentional link between these elements.
The dreams are reported as such, the searches as actual paths followed, the observations as situated facts.
The revelatory memory intervenes a posteriori, not as an explanation, but as a point of fixation allowing the ensemble of glimpses to be reread according to a sensitive configuration marked by verticality, loss of bearings, freezing, and delayed restitution.
This is neither a belief nor a symbolic interpretation, but a work of formalization of perceptions and heterogeneous fragments, as they were lived, recorded, and reread after the fact.
This work does not seek to interpret or instrumentalize the tragic events it refers to. It is written with respect for those who lost their lives and for their families.