Cinéscriptographe — Vendée Globe 2008
Aperçus cinéscriptographiques (phrases-sources)
Fin août – novembre 2008
— « Quand c’est baleine dans Full Metal Jacket, c’est pas très rigolo. »
Phrase envoyée par voie électronique à l’émission Parking de Nuit, fin août 2008.
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— « Ou doux en l’oculaire. »
Phrase envoyée dans les commentaires de l’émission Allô la planète, courant septembre 2008.
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— « On rigole bien avec vous. »
Message adressé à l’émission Au détour du monde, le dimanche 28 septembre 2008.
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— « Ce soir j’arrive en kayak. »
Message envoyé à l’émission Parking de Nuit à la fin de Les P’tits Bateaux, France Inter, le 28 septembre 2008 (l’émission Parking de Nuit n’est diffusée que le vendredi soir).
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— « Elle avait peur, elle était voilée, je lui ai dit qu’elle était magnifique.
(signé) un poisson rouge »
Message envoyé à l’émission Nocturne de France Inter, le 9 novembre 2008.
Amplification : à l’antenne, lors de cette émission :
— « On dirait un peu le petit Poucet, toujours au fil de l’eau… »
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— « Vous êtes des joyaux,
Des joyaux, Grand Monsieur. »
Message adressé à l’émission Au détour du monde, le 14 novembre 2008, pendant l’émission Sous les étoiles exactement dont l’invité était le grand navigateur De Kersauson.
Évènements ultérieurs (mémoires révélatrices)
- Le départ du Vendée Globe est donné le 9 novembre 2008 à 12 h 50.
- Le 2 décembre 2008, le skipper Jonny Malbon (Aviva / Artemis) percute un cétacé.
- Le10 janvier 2009, Roland Jourdain percute à son tour une baleine à bord de Veolia Environnement.
- Le 1er février 2009 à 16 h 11, Michel Desjoyaux remporte le Vendée Globe pour la deuxième fois consécutive, après 84 jours, 3 heures, 9 minutes et 8 secondes de course, malgré un handicap initial de 41 heures.
- Un concurrent classé onzième, sur une trentaine de participants au départ, arrive le 15 mars 2009 à 18 h 33, Sainte Louise.
Lecture cinéscriptographique (a posteriori)
Relus à distance, ces aperçus s’organisent autour d’un même régime aquatique.
L’eau y est omniprésente : eau du large, eau du fil, eau de la dérive, eau du choc.
Les phrases-sources dessinent une navigation minimale : arriver en kayak, suivre le fil de l’eau, avancer sans tapage, sans moteur apparent.
La figure du cétacé apparaît très tôt, sous forme cinématographique, puis revient dans le réel, à travers les collisions rapportées pendant la course. La baleine n’est ni spectacle ni métaphore : elle est un corps rencontré, heurté, imprévu, hors champ jusqu’au choc.
Le poisson rouge, le petit Poucet, le kayak : autant de figures modestes, fragiles, non héroïques, qui avancent par persistance plutôt que par conquête.
Le rire (“on rigole bien avec vous”) se déploie ici sur fond de canal et d’écluses : une rigole, au sens hydraulique du terme, où la circulation est lente, réglée, segmentée — à l’opposé du large.
La course autour du monde devient alors moins un exploit qu’une traversée exposée, où l’on progresse au fil, où l’on peut arriver sans être parti, ou partir sans jamais arriver.
Ce cinéscriptographe ne documente pas la compétition. Il en enregistre la matière sensible : l’eau, le choc, la lenteur, la dérive, et la possibilité d’une arrivée hors classement.
Note
Ce cinéscriptographe n’établit aucune causalité entre les phrases envoyées et les événements de la course.
Il observe comment un ensemble de gestes discrets — écrire, suivre, dériver, arriver en kayak — peut, après coup, entrer en résonance avec une navigation réelle à l’échelle du monde.
Il ne s’agit ni d’une prédiction ni d’une interprétation sportive, mais d’une lecture par affinité de formes, où le fil de l’eau devient un principe de continuité.
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Cinescriptographer — 2008 Vendée Globe
Cinescriptographic glimpses (source phrases)
Late August – November 2008
— “When it’s whale in Full Metal Jacket, it’s not very funny.”
Sentence sent electronically to the radio programme Parking de Nuit, late August 2008.
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— “Or soft in the ocular.”
Sentence sent in the comments of the programme Allô la planète, September 2008.
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— “We really have a good laugh with you.”
Message sent to the programme Au détour du monde, Sunday 28 September 2008.
·
— “Tonight I’m arriving by kayak.”
Message sent to the programme Parking de Nuit at the end of Les P’tits Bateaux, France Inter, 28 September 2008 (The program Parking de Nuit is only broadcast on Friday evenings).
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— “She was afraid, she was veiled, I told her she was beautiful.
(signed) a goldfish”
Message sent to the programme Nocturne on France Inter, 9 November 2008.
Amplification : on air, during this programme:
— “It’s a bit like Little Thumb, always following the thread of the water…”
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— “You are jewels,
jewels, Great Sir.” (a phonetic echo of the skipper’s name, Desjoyaux)
Message sent to the programme Au détour du monde, 14 November 2008, during Sous les étoiles exactement, whose guest was the great navigator Olivier de Kersauson.
Subsequent events (revealing memories)
- The start of the Vendée Globe is given on 9 November 2008 at 12:50 p.m.
- On 2 December 2008, skipper Jonny Malbon (Aviva / Artemis) collides with a cetacean.
- On 10 January 2009, Roland Jourdain in turn collides with a whale aboard Veolia Environnement.
- On 1 February 2009 at 4:11 p.m., Michel Desjoyaux wins the Vendée Globe for the second consecutive time, after 84 days, 3 hours, 9 minutes and 8 seconds of racing, despite an initial handicap of 41 hours.
- A competitor finishing in eleventh position, out of about thirty participants at the start, arrives on 15 March 2009 at 6:33 p.m., Saint Louise.
Cinescriptographic reading (a posteriori)
Read at a distance, these glimpses organise themselves around a single aquatic regime.
Water is omnipresent: open-sea water, thread-water, drifting water, collision water.
The source phrases trace a minimal navigation: arriving by kayak, following the thread of the water, moving forward quietly, without visible engine.
The figure of the cetacean appears very early, in cinematic form, and then returns in reality, through the collisions reported during the race. The whale is neither spectacle nor metaphor: it is a body encountered, struck, unforeseen, off-screen until the impact.
The goldfish, Little Thumb, the kayak: so many modest, fragile, non-heroic figures, advancing through persistence rather than conquest.
Laughter (“we have a good laugh with you”) unfolds here against a backdrop of canal and locks: a channel (a gutter), in the hydraulic sense of the term, where traffic is slow, regulated, segmented — the opposite of the open sea.
The round-the-world race thus becomes less an exploit than an exposed crossing, where one progresses by drifting, where one may arrive without having departed, or depart without ever arriving.
This cinescriptographer does not document competition. It records its sensitive material: water, impact, slowness, drift, and the possibility of an arrival outside the rankings.
Note
This cinescriptographer establishes no causal link between the messages sent and the events of the race.
It observes how a set of discreet gestures — writing, following, drifting, arriving by kayak — may, after the fact, resonate with a real navigation on a global scale.
This is neither a prediction nor a sporting interpretation, but a reading by affinity of forms, in which the thread of water becomes a principle of continuity.